Ce projet est né du désir de continuer à construire sans programme précis, simplement pour rester dans le geste et dans le dialogue avec la matière. Réalisée à partir de bois issu d’une ancienne charpente de 1832, la table s’appuie sur un matériau déjà chargé d’histoire, marqué par le temps et l’usage. Aucun dessin préalable, aucune machine : les pièces ont été analysées, déplacées, ajustées à la main, en laissant la matière guider les décisions. Le plan n’existait pas sur le papier, mais dans le bois lui-même, dans ses résistances, ses défauts et ses contraintes.



La table est une recherche plutôt qu’un objet fini. Elle n’a pas vocation à durer ni à décorer, mais à trouver un moment de justesse, un équilibre fragile entre maîtrise et imprévu. En construisant sans plan, chaque décision devient engageante et irréversible, réintroduisant une part de risque essentielle au geste.
Le projet questionne la perte d’incertitude dans les pratiques contemporaines, souvent tournées vers le contrôle et la perfection. Ici, les irrégularités, les erreurs et les accidents sont assumés comme des traces vivantes du corps et du moment. Le travail manuel devient une forme de pensée à part entière, plus lente, attentive et ancrée, qui impose son propre rythme et invite à la patience.
À travers cette table se dessine une manière d’aborder la construction aujourd’hui : ne pas séparer l’objet du processus, accepter que le projet naisse du geste plutôt que d’un programme, et chercher non pas une forme idéale, mais une justesse temporaire, vivante et sensible.