| Maison de l’artisanat |

Ce projet prend racine dans un attachement profond aux Hautes-Alpes et au paysage traversé par la nationale 94, axe majeur reliant Gap à Briançon. Longtemps associé à des souvenirs d’enfance et à la beauté des paysages, ce trajet révèle pourtant une fracture brutale en traversant le village de La Roche-de-Rame, dont la vie a peu à peu été étouffée par le trafic routier. Les fresques murales représentant les anciens habitants témoignent d’un village figé, presque fantomatique.

Face à cette situation, les habitants se sont mobilisés pour demander une déviation de la route, afin de détourner le trafic du cœur du village. Le projet s’interroge sur l’après : comment réparer cette fracture, comment redonner vie au village une fois la route déplacée, comment transformer une cicatrice en opportunité.

La démarche propose de faire d’un bâtiment menacé de destruction un point de départ pour une renaissance collective. En réinvestissant une ruine du centre du village, l’architecture devient un organisme vivant, capable de se diffuser aux autres bâtiments vacants et de recréer des lieux de rencontre, de partage et d’activité à l’échelle locale et régionale.

Le projet s’appuie sur des principes forts : l’auto-construction, l’autonomie des habitants et la valorisation des savoir-faire locaux. L’architecture se conçoit sans outils lourds, avec des matériaux disponibles sur place, en favorisant le réemploi et une approche sobre, écologique et économique. L’architecte s’efface pour laisser aux habitants la possibilité de s’approprier, transformer et faire évoluer les espaces.

Le bâtiment central réhabilité, ancien hôtel aujourd’hui abandonné, deviendrait un lieu hybride accueillant des commerces en rez-de-chaussée, des ateliers et une école de l’artisanat, ainsi que des formes d’habitat collectif et éphémère inspirées des refuges de montagne. Les espaces seraient ouverts, modulables, favorisant les échanges, la mutualisation des ressources et la vie commune.

À travers ce projet, l’architecture est envisagée comme un acte social et politique, capable de générer des dynamiques locales durables. Plus qu’un objet construit, il s’agit d’un catalyseur : une première impulsion destinée à réveiller le village, à redonner une place centrale à l’humain, et à démontrer que construire ensemble peut devenir un levier puissant de transformation territoriale, sociale et environnementale.