Depuis quelque temps, une idée nous accompagne. Imaginer des projets pour les lieux que nous traversons et les rendre visibles là même où ils prennent naissance. Non pas dans un carnet fermé ou sur un écran, mais directement dans l’espace public, au cœur du quotidien.
L’architecture nous semble trop souvent confinée aux bureaux, aux concours, aux dossiers techniques et aux procédures interminables. Nous aimerions qu’elle retrouve une forme de liberté : qu’elle circule dans la ville, qu’elle respire, qu’elle surprenne. Qu’elle s’insinue dans le paysage urbain avec la légèreté d’un graffiti. Qu’un passant, en levant les yeux, puisse s’imaginer : « Et si cela pouvait exister ici ? » Et qu’il s’accorde un instant pour rêver.
Ce geste ne consiste pas à répondre à une commande ni à déposer un dossier. Il est volontairement simple et direct. Il s’agit de concevoir un projet dans son ensemble, croquis d’intention, esquisses, réflexions sur la matière, la lumière, le rythme, l’usage, puis de l’exposer exactement à l’endroit où il pourrait prendre place. Comme une exposition spontanée, discrètement posée dans la ville.
Ces projets sont imprimés et affichés dans l’espace public, à la manière d’un panneau de permis de construire. Le geste est libre, sans attente d’autorisation ni de validation. Il existe uniquement dans l’instant de sa découverte, dans la rencontre fortuite entre le dessin et celui qui le regarde. Il invite à observer autrement, à ralentir, à imaginer ce qui pourrait être.
Ces affiches sont fragiles, éphémères. Elles subsistent le temps que la ville leur accorde, puis disparaissent. Cette fragilité n’est pas un défaut ; elle fait partie intégrante de l’expérience.
Ces interventions rappellent que l’architecture ne se limite pas à ce qui est construit. Elle est aussi ce qui peut exister dans l’imaginaire. Un mur, une façade, un terrain vague peuvent devenir des supports de projection, des terrains de rêverie. Le dessin devient alors un outil d’ouverture : une invitation à regarder autrement, à envisager le monde comme un espace de possibles. L’architecture n’a pas besoin d’être figée pour exister ; elle peut naître dans un regard, dans un pas ralenti, dans la question que suscite une esquisse.
Si ce geste ne laisse aucune trace, tant mieux. Le rôle d’un rêve n’est pas de s’inscrire dans le temps, mais d’éveiller quelque chose chez celui qui le croise.